Où est Charlie?

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J’avais 30 ans quand cela s’est produit. C’était hier, mais j’en parle déjà comme j’en parlerai toujours désormais. Ces tragédies dont on se souvient précisément. Tout le monde est capable de dire ce qu’il faisait et où il était le 11 Septembre 2001. Il en sera ainsi pour les évènements d’hier. J’avais 30 ans quand cela s’est produit. L’information m’est apparue sur Facebook. Un ami qui poste trop d’articles avait glissé celui-ci en mettant en avant le nombre de morts déjà comptés. Le trop plein d’information m’a induit en erreur en me laissant croire qu’un attentat avait eu lieu à Richelieu Drouot, à une station de métro de mon travail. Je continuais d’errer sur le net quand je réalisai avoir mal lu. Ce n’était pas prêt de mon travail, à Richelieu Drouot que cela avait eu lieu, mais à Richard Lenoir, prêt de mon domicile, en bas de ma rue.

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Une fois l’article lu, mon fil d’actualité s’était déjà rempli de l’information (un ou deux contacts trouvaient encore le temps de se plaindre de choses inintéressantes, mais globalement, l’info allait vite, très vite). J’ai tout d’abord été choqué : des journalistes tués en plein Paris pour des dessins, quelle mauvaise blague nous faisait-on là ? Puis j’ai pensé rapidement aux retombées d’un tel drame. Nous allions avoir droit à une récupération politique évidente, une tribune pour les réactionnaires que nous entendions déjà trop ces derniers temps (je défends la liberté d’expression, mais si on pouvait arrêter de donner la parole aux mêmes personnes tout le temps, ce serait merveilleux, ils trouveraient de toute façon un moyen pour continuer à éructer leurs peurs). S’en suivraient aussi les amalgames, la stigmatisation, et le grand constat. Depuis l’avènement des réseaux sociaux, nous effectuons ce que j’appelle le « grand constat ». Il n’y a pas plus de racisme, plus d’ignorance, plus de militantisme, plus d’individualisme qu’avant. Il y a désormais la possibilité d’écrire ce que les gens pensent en permanence, grâce aux réseaux sociaux. L’avènement de la liberté de parole avec tout ce qu’elle comprend de merveilleux et de rance à la fois. Le grand constat de notre société. « Dites-moi, on en est où niveau racisme et autre ? » « Créons les réseaux sociaux, on sera vite fixé » « Parfait ! ». Les commentaires haineux et idiots allaient pulluler aussi rapidement que l’information, laissant dans son sillage un terrain aux relents moisis. Ce bistrot virtuel allait s’en donner à cœur joie.

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Ce que je n’avais pas anticipé, c’était l’émotion. La mienne tout d’abord. A 30 ans, on se souvient de Cabu grâce à sa collaboration avec Dorothée lors de notre enfance. Cet homme avec une coupe de cheveux étrange qui restait silencieux lorsqu’elle chantait à ses côtés pendant qu’il dessinait son nez, à Dorothée. Il était peut-être silencieux à l’époque, mais ses dessins faisaient du bruit, et je trouvais ça très bien. C’est utile de faire du bruit, ça rallume toujours les lumières du bistro, mais pour ma part j’avançais dans mes réflexions, je cherchais à comprendre pourquoi tel sujet me choquait, tel dessin m’interpellait ou me faisait enfin rire d’un sujet que je trouvais trop grave. Puis l’émotion collective est apparue. Des milliers de gens se sont rassemblés, défiant la peur d’un nouvel attentat, scandant « Je suis Charlie » d’une seule voix. Mon pessimisme des premières heures s’est confronté à cette foule et sa force. Qu’allait-il advenir de cette solidarité ? Quand les politiques allaient-ils se remettre à parler ? Comment évoluerait notre société ? Je n’en savais rien. Mais ces rassemblements resteraient à jamais. Je sais qu’ils ont eu lieu, j’y étais, je suis Charlie.

Photos choisies par: Anthony Navale

Texte: Charlie

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