Ça ira puisqu’il fait beau.

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Tu profitais d’une balade pour me quitter. Un lieu clos nous aurait contraints à briser quelque chose ou à écourter les arguments pour en sortir au plus vite. La promenade nous permettait des pauses dans l’échange, de respirer correctement, de se donner une contenance pour se remettre d’une critique en regardant au loin. Et tes reproches nous promettaient une balade longue et pénible. Tu avais une liste, préparée depuis longtemps, à me débiter. Preuve que tu avais déjà prévu notre déclin pour commencer à en récolter les indices. Tu m’assommais pour avoir raison. Mais le ciel ce soir-là, me donnait encore plus de force. En t’écoutant je le regardais, et je t’aurais quitté si tu ne l’avais pas fait. Tu n’as jamais apprécié le spectacle qui s’offrait à nous lors de cette rupture.

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C’est ressorti dans ta litanie, mon côté rêveur. Je riais trop, je m’échappais trop, je chantais trop. L’ironie dans tout ça est que tu étais un artiste, élitiste, esthète qui se voulait garant de la beauté universelle. À aucun moment tu n’as vu le ciel se teinter d’orange et de violet. À aucun moment tu n’as vu la nature t’offrir davantage que cette science-fiction qui te passionne. Tu t’écoutais comme toujours. Le principal reproche ne me concernait finalement pas, puisqu’en somme j’avais simplement échoué à endosser le rôle que tu m’avais choisis. J’avais pris l’habitude de t’entendre sans t’écouter. Ne t’arrêtant jamais de parler, je savais quand je devais réagir pour te donner l’impression de te comprendre. Mais je n’avais plus à t’écouter, à quoi bon te laisser m’enterrer après m’avoir tué. Ça ne me concernait plus.

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Je t’ai laissé partir. Tu restais perplexe devant mon absence de réaction. Je sentais venir une prise de conscience de ta part. Tu allais gâcher notre rupture en cherchant à lui associer les couleurs qui nous entouraient « malgré la gravité de ce qu’on vit, tu ne trouves pas que même pour la fin, c’est sublime ? ». Ta gueule. C’est plus simple que ça. Tu t’écoutes, tu te mets en scène mais tu ne ressens rien. Je suis resté seul à contempler ces couleurs, qui ne s’adressaient à personne. On rêve d’ailleurs, de tropiques, d’astres inaccessibles mais nous sommes comme toi, des nombrils bruyants, incapables de réaliser qu’il y a de la beauté partout et qu’il ne suffit pas d’en parler pour la faire exister. Il faut ressentir. Si tu ne m’avais pas quitté ce soir-là, je l’aurais fait.

Photos: Monsieur Gac

Texte: Anthony Navale

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