Les yeux au ciel.

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Je plisse encore un peu les yeux quand un bruit strident surgit. Je sais que ça ne me fera pas l’entendre moins, mais ça reste un réflexe. Plisser les yeux doit refermer les oreilles, même un peu, si on le fait tous. Mais je ne sais plus si on le fait tous. Je ne regarde plus personne. Je n’entends plus que les bruits stridents, et parfois même, ils ne me surprennent plus. Il m’aura fallu passer par l’irritabilité extrême, puis le dégoût et enfin l’insouciance pour désormais me foutre parfaitement de ce qui m’entoure. Les visages sont flous, les sons atténués, mes expressions mortes. Même quand on se colle à moi dans les transports, je m’en fous. Quelques odeurs parfois me font plisser les yeux. Le rapport entre mes yeux, mon ouïe et mon odorat reste mystérieux. Tous se plissent dans un rejet.

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Je ne vois plus les images non plus. On nous a foutu des réclames sous le nez, sous les pieds, dans les oreilles et même sur nous. Quels cons de mettre un vêtement comportant le nom de la marque en gros ! Des hommes sandwichs consentants, même pas payés, ayant eux-mêmes donné l’argent. Ça me rendait dingue. Alors j’ai peu à peu arrêté de les regarder. Les pubs figées ou humaines. J’étais tout le temps en colère. Quand on se met en colère, cela se retourne contre nous. Elle se rabat sur vous. Vous vous épuisez à vous énerver et au final tout retombe, votre colère se transforme en ennui, l’indifférence vous sauve, vous apaise. Rien d’autre ne vous apaise. Lui peut être.

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Son regard et son sourire détruisent les voiles que je me suis mis. L’ennui, l’indifférence, la préservation, il les brûle. Cette douceur cherche profondément en moi. Ce sourire apaise tout. Jamais il ne déclenchera de colère. Quoique. Parfois je m’emporte de ne plus le voir, de le savoir loin, à ne pas penser à moi, mais il suffit que je le vois à nouveau, pour ne pas me recroqueviller dans l’indifférence. Je l’accuse secrètement de charmer tout le monde, il se foutrait de moi, il ne chercherait qu’à constater son propre pouvoir, mais encore une fois, un regard m’ôte toute suspicion. Il est désarmant. Littéralement. Ce mot a été inventé pour ses regards, ils me font poser les armes qui m’ont pris du temps à affuter. Il me bouleverse. Je retrouve des émotions oubliées. La surprise, l’incertitude, l’excitation. Heureusement que je suis blasé pour le reste, sinon ses regards m’auraient tué, plus jeune, plus sensible.

Photos: Monsieur Gac

Texte: Anthony Navale

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