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Ce qu’il se passe chez vous.

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Ils m’ont fait comprendre qu’il valait mieux que je reste chez moi. Sous couvert d’un espace de liberté totale (et encore, j’en connais les limites de ma demeure) ils me privaient surtout de l’espace public. J’étais gênante. Je ne collais pas à l’image qu’ils souhaitent que nous ayons. Plutôt qu’entretenir la diversité et nous amener à nous accoutumer les uns aux autres, ils lissent notre image publique en nous faisant miroiter la liberté de nos foyers. Nos cages.

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Mes goûts, capillaires ou vestimentaires ne regardent que moi. Je n’impose rien. Je ne fais que mettre ce que je trouve joli. Rien ne me dégoute sur les autres. Au pire je suis surprise. Mais je ne connais pas assez les gens pour savoir si cette dégaine leur correspond. D’autant que s’ils sont heureux comme ça, qu’ai-je à dire ? Finalement c’est toujours un retour à nous-mêmes, à nos egos. Lorsque l’on voit quelqu’un avec un look improbable, on ne peut s’empêcher de s’imaginer accoutrer nous-mêmes de la sorte et estimer que ça ne nous va pas. Mais ce n’est pas la question. Il y a une grande différence entre demander à quelqu’un si ce pull nous ira ou assumer de le porter sans avoir rien demandé au préalable. Dans le premier cas, la personne sera incapable de répondre objectivement, indépendamment de ses gouts. Alors que si elle découvre le pull sur vous, elle n’aura pas d’autre choix que de constater que ça vous va, que ça vous appartient. Lui demander son avis, c’est s’exposer à ses gouts et ne pas assumer les vôtres.

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Je suis prisonnière chez moi désormais. Si je sors, on me taxera de provocatrice. Je devrais sortir pourtant. Pour user vos rétines. Me rendre invisible à vos yeux à force de m’y soumettre. Devenir une habitude. Devenir une donnée dans votre univers. Une donnée qui ne vaut pas la peine qu’on se retourne dessus. Un élément de plus dans la richesse de ce qui vous entoure. Je ne souhaite pas vous imposer mon mode de vie, je souhaite juste le vivre. Je ne suis pas une menace. Et si jamais vos enfants souhaitent se teindre les cheveux de la même couleur que moi, s’ils souhaitent s’exprimer comme bon leur semble, les enfermerez-vous chez vous ? Dans la prison de vos libertés ? Je ne souhaite rien que marcher à vos côtés et être ignorée.

Photos: Monsieur Gac

Texte: Anthony Navale

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