En y mettant de la poésie

Entre chiens et loups.

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Depuis que je les ai croisées, je ne suis plus la même. Tout s’impose à moi comme un choix. Je suis obsédée par tous ces choix que la vie m’impose. J’étais pleine de certitudes, je n’avais pas à choisir puisqu’IL me guidait. J’étais complètement passive entre ses mains puisqu’IL s’en était servi pour écrire ce que je devais faire. Mais j’avais tort. Je devais choisir, entre marcher dans l’ombre ou marcher dans la lumière. 

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La lumière, je la voyais partout. Mais j’ai commencé à comprendre qu’elle n’était que faible. L’obscurité l’étouffait. Au début, mon regard et mon esprit s’efforçaient de s’accrocher à cette lumière, à sa puissance. Je n’étais qu’un moustique idiot attiré par une lampe. Dès le lendemain matin de leur rencontre, je commençais à comprendre que mes appareils ménagers étaient plus éteints qu’allumés. Que mon salon était plus souvent dans l’ombre qu’en plein soleil. Je me suis même surprise à pester contre l’agent immobilier qui me l’avait présenté comme un avantage… En me rendant à mon Église l’après-midi, je me suis rendue compte qu’elle même censurait la lumière à travers des vitraux ! 

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La vieille dame que je suis aurait dû songer à la mort bien avant. Mais je m’en remettais à Lui. Et surtout, songer à la mort implique de se mettre à songer à la vie, à sa vie. Et c’est une antenne télévisée, astucieusement combinée à la lumière, qui m’a rappelé que ma mort n’était plus très loin. Je l’ai vue comme un signe de mort avant même de penser à un crucifix. Pour la première fois de ma vie, la croix représentait ma tombe et non le symbole de mon créateur… Le bilan de ma vie s’en suivit rapidement. En pensant bien agir, j’ai mis ce qui m’arrangeait dans la lumière. Ce que je ne voulais pas voir était stratégiquement relégué dans l’obscurité. D’une prétendue vertu, j’avais en fait mis en place un stratagème d’archivage définitif. Je ne prenais pas le temps d’analyser les gens ou les situations, ça partait soit dans l’un, soit dans l’autre. Les uns devenaient ma réalité et ma morale, les autres n’existaient simplement plus. L’obscurité n’existait plus, et je ne me suis mise qu’à la regarder à nouveau à cause d’elles… 

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Que foutaient-elles dans un lieu public ? Dans un cimetière qui plus est ! J’étais venue sur la tombe du Baron Haussmann comme j’aime le faire dès que la saison le permet, quand j’ai aperçu ces deux filles. Malgré mes prédispositions à mettre l’homosexualité dans l’ombre de mon jugement sans aucune forme de procès, j’ai su en les voyant que ce n’était pas deux amies en promenade. Non. Elles étaient ensemble. C’était un couple ! Qui s’aimait ! Et le simple fait d’avoir envisager la notion d’Amour entre deux femmes, m’a fait m’asseoir un instant. Je me suis même mise à rire dans mon malaise en voyant la sépulture d’Alfred de Musset et en repensant à sa liaison avec George Sand… Alfred et George… Et c’est là qu’est apparu le premier choix. Devais-je continuer mon malaise ou me laisser aller à plus de légèreté ? Devais-je rester dans le confort de ma lumière ou commencer à m’intéresser à tout ce que j’avais bazardé dans l’ombre ? Il était temps que je commence à faire cet inventaire, avant qu’on vienne s’asseoir sur la mienne, de tombe.

Photos: Grégory Stephan

Texte: Antoine Navale

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Laissez-moi vous regarder.

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J’ai toujours été perplexe concernant Paris. Je ne supporte plus les gens dans ses rues. Je ne supporte plus l’odeur de certains quartiers, ni les habitants que je croise. Pourtant j’ai toujours voulu y vivre. J’ai toujours voulu en faire partie, de ces rues, de ces gens, et peut être de ces odeurs… Lorsque j’ai découvert cette trappe sur mon palier, je me suis rappelé pourquoi j’avais aimé Paris. Quand on l’observe depuis un toit, on l’apprécie sans subir ses parasites grouillants. C’est beau, c’est inégal, et c’est unique.

C’est aussi cette trappe qui m’a mené à lui.

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La première fois qu’il m’a rejoint sur le toit, j’étais vexé. Pourquoi faut-il que les bonnes adresses soient prises d’assaut dès qu’on a le malheur de les découvrir ? D’autant que je n’en avais parlé à personne. Il est monté tout naturellement. S’est dirigé vers moi en plaisantant « excusez-moi, vous n’auriez pas une cigarette ? »

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J’observais Paris depuis des semaines pendant que lui m’observait. Il était amusé de me voir tirer la gueule « en bas » et être serein ici. Je lui expliquais qu’il était correct, voire obligatoire d’être un zombie dans le métro, mais que chez soi, chaque parisien redevenait certainement humain. Ma vision de notre ville l’amusait. Il venait d’arriver, son accent le trahissait. Il y croyait encore. Pour lui, il suffisait d’oser. Oser parler aux inconnus, oser sourire « en bas », oser traverser la rue pour pénétrer dans l’immeuble d’en face et monter au dernier étage en espérant que l’accès vers le toit ne soit pas privatif, pour finalement oser demander une cigarette à quelqu’un qu’on observait. Il a eu raison.

Désormais, quand il pleut, il ne monte que chez moi.

Photos: Jérôme Sussiau

Texte: Anthony Navale